Vincent Ciciliato – Proxemics_IRIS

L’installation interactive Proxemics_IRIS interroge la mise à distance entre spectateur et sujet représenté.

Chaque individu s’inscrit dans l’espace selon des règles qui lui sont propres. Il s’adapte à son environnement, mais également à la place prise par les autres corps qui s’y trouvent. L’anthropologue Edward T. Hall parle de « proxémie » pour désigner l’espace culturellement acquis définissant la distance entre individus. Cette relation « à distance » constitue le rapport invisible qui lie les êtres au sein du même espace et en conditionne les stratégies d’adaptation.

Proxemics_IRIS, interroge donc cette distanciation, à partir de la relation entre le corps du spectateur et celui des personnages représentés. La scène est simple : un espace vide (une cafétéria), dans lequel des chaises et des tables sont disposées. Lorsque le spectateur se trouve face à l’image, des personnages prennent peu à peu place, par apparitions et disparitions successives. Il y a frontalité entre les sujets. En bougeant, le spectateur attire l’attention des personnages à l’écran. Ceux-ci se retournent alors vers l’espace d’exposition, et commencent à suivre des yeux les sujets qui s’y trouvent. Rien de plus que le simple suivi du regard de corps se déplaçant dans l’espace.
Les yeux et leur expression peuvent alors être pleins d’empathie, ou, au contraire, montrer une attitude hostile. Le regard, souligne alors le « territoire », la limite spatiale, à ne pas franchir. Il y a mise à distance critique, et le dispositif d’interaction fait du spectateur une cible, le curseur mobile des affects incarnés par les sujets à l’écran. 

Biographie

Vincent Ciciliato est artiste multimédias et maître de conférences en Arts numériques à l’Université Jean Monnet – Saint-Étienne. Ses préoccupations, autant esthétiques que théoriques, se situent à la lisière des arts visuels et des arts sonores. Bien plus qu’à la seule question de l’interdisciplinarité, il s’intéresse d’avantage aux apports fondamentaux des technologies numériques dans les modalités de fusion de ces deux domaines.

Cette problématique le pousse à interroger la notion de micro-événement – qu’il considère comme lieu privilégié des fusions audiovisuelles – et plus précisément celle de micromouvement. Il élargit ainsi son étude à l’image du corps en explorant certains lieux particuliers de la micro-gestualité et de ce que nous pourrions qualifier d’infra-mince postural : la banalité du geste, mais également son exacerbation obsessionnelle, deviennent des thématiques qu’il explore à plusieurs reprises dans ses œuvres plastiques. Un corps dans sa forme pathologique : entre gestes frénétiques hyper-stimulés, hyperéléctrifié et état de stase insurmontable. Plus largement, la notion de « moment frontière » ou « moment critique », en tant que lisière fondamentale entre surgissement et effacement, constitue aujourd’hui son champ de recherche privilégié.

Diffusion : la Serre

Salle d’exposition de la Ville de St Etienne
Entre les visages, été 2015.

Site internet de Vincent Ciciliato

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