MANIAKS – Anastylose, Julie Machin

ANASTYLOSE

J’observe les gestes, de mon corps et des autres, j’invoque des mots, je les écris, je les parle, je les danse, je les filme. Un processus perceptif se met alors en place, comme si le produit final était une rétrospective de mes questionnements sur le geste. J’évalue ainsi la capacité du corps à exprimer et à transmettre. Transmettre quoi ? Créer un partage entre ce que l’on ressent, ce que l’on perçoit, comme un théâtre du voir/percevoir. Je parle avec mon corps, je vous parle avec mon corps ici et maintenant. Plus que des mots c’est le geste qui prime. Mon corps parle. Tout autre qu’un sens métaphorique que l’on pourrait voir ici, je veux dire qu’il est instrument d’expression au même titre que nos cordes vocales, ou nos doigts. J.M

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Un dialogue s’installe entre le corps de l’artiste et le corps de « l’autre », de l’inconnu, de celui qui se tiens en face de nous. Dans cette exposition, Anastylose nous présente des hybrides de corps, des méta-corps. Ces images qui sont donnés à voir au public, c’est émergence du visible et d’une réflexion sur qui nous sommes, sur notre place. C’est également un questionnement sur le réel et le virtuel, sur le champ des possibles. Ces hybrides sont des hypothèses de corps, des possibles. Il peut devenir réel, il est possible qu’il soit réel. Quoiqu’il en soit, le champ du possible est toujours plus large que celui du réel. Ce qui peut être est par définition plus vaste que ce qui est. Même si le corps est un médium rationnel en soi, il y a confusion, entre ce que nous croyons être véritable et ce qui ne l’est pas. Le corps de l’artiste parle avec « l’autre », elle s’approprie ces corps qui ne lui appartiennent pas, elle s’approprie leurs gestes, pour nous demander « Comment me voit-il ? Comment me perçoit-il ? » Mais c’est aussi un jeu ludique de deux corps étrangers qui se confrontent : « Si vous étiez moi ? Si j’étais vous ?. J.M

Aux Limbes,

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Travaux mixtes

L’expression « techniques mixtes », est emblématique de l’invasion de l’art par le réel au XXe siècle. L’expression est commode, car elle permet à l’œuvre d’art d’accueillir toutes sortes de matériaux, des plus divers aux plus insolites. Avec l’exposition récente, c’est plutôt le terme d’« œuvres mixtes » qui vient à l’esprit tant chacune d’elles est différente.

Certes, je pourrais paraphraser le poète Jacques Dupin qui, dans un autre contexte, parlait du sentiment de dissonance maîtrisée et proposait de substituer au mot « contradiction » celui de l’« accord imparfait ». Mais rien n’y fait, car chaque travail ici a sa particularité et toute tentative de trouver un terrain commun semble artificielle, forcée.
Tant mieux, probablement ; même si les visiteurs feront leur choix en jugeant la qualité de ces œuvres, ils ne pourront pas nier la capacité d’invention de chacun des participants.

Voici une petite liste qui propose une réaction rapide et subjective, face à ces « bricolages » ingénieux.

Jetons-nous à l’eau avec Pierre Oudot dont le personnage, tout en se noyant, continue à voir les choses du bon côté et à ressentir un bien-être étonnant. Décalage entre l’image (en vidéo) et le son qui s’inscrit dans l’héritage surréaliste. La Belle vie dit le titre de l’œuvre.

L’installation de Pauline Seclet, faite de papier Japon, teint à l’encre de Chine, soutenue par des baguettes en bois, forme des vagues qui se glissent doucement vers le bas. Diaphane et flottante, sa couleur de nuit fait penser à une ombre, mais une ombre qui aurait pris ses libertés.

Ailleurs, Pierre Colin empile sur une table des dessins inspirés de cartoons mais aussi de motifs de tatouage, attribués habituellement aux « mauvais garçons ». Et si, dans ces univers situés à l’écart, la cruauté et l’érotisme n’étaient pas là où l’on pense ?
Quand Alexandre Peyron prend un taxi, c’est toujours un taxi collectif. Pour peindre ses voitures déglinguées, qui sortent directement d’une série B ou d’un dessin animé, il embarque un (une) co-pilote qui met la main à la pâte. Pas très étonnant, car on sait que les maffiosi exécutent leurs contrats en couple.

Quelques têtes pour terminer. Celles de Marie Christophle font la gueule. L’artiste fait sa cuisine en mélangeant le plâtre tantôt au vinaigre, tantôt à l’eau de javelle ou encore à d’autres liquides peu recommandés pour la conservation. En d’autres termes, elle fabrique des vanités en accéléré.

Les têtes de Julie Machin ne sont pas détachées de leur support. Et pour cause, ses personnages ne figurent qu’elle-même. Son apparence toutefois se modifie selon la personne qu’elle a en face, comme un étrange reflet dans un miroir déformant. Autoportraits des autres ?

Les dizaines des minuscules « portraits » de Jean-Louis Body feront les délices de ces spécialistes patentés en têtes réduites, les Jivaro. Mine de rien, Body taille des gommes et réalise des « soft sculptures » inédites. Avec une patience infinie. Vous avez dit maniaque ?

Résumons-nous. Il n’est pas certain que le mot Maniak (Maniaque ?) – c’est le titre de l’exposition présentée par ces étudiants (ces artistes) du Département des arts plastiques à l’Université Jean Monnet – nous permette véritablement de comprendre son thème. Le dictionnaire, lui, propose une quantité impressionnante de synonymes pour ce terme. En vrac : méticuleux, minutieux, exigeant, capricieux, bizarre, fantasque, compulsif, lunatique, obsédé, fou, dingue, dément, détraqué, toqué, maboul, foldingue, aliéné, excessif, malade mental ; qui est extrêmement soigneux ; qui est méticuleux à l’excès ; qui a des idées fixes, des obsessions ; qui souffre de psychose aiguë… Faites votre choix.

Par chance, pour clarifier la situation, on nous propose une double définition, positive et négative. La première : celui qui prend grand soin des choses. La seconde : celui qui a des manies, des obsessions.

Pourrait-on rêver d’une meilleure définition pour un artiste ?

Itzhak Goldberg

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